La première fois qu’on déplie un tramail neuf sur la cale, on croit tenir un mur d’algues synthétiques. Trois nappes molles, cinquante mètres de ralingue qui cherchent à s’emmêler avec le vent, une odeur de plastique et de cordage neuf. On a tous galéré trente minutes à séparer les nappes avant même d’avoir touché l’eau. Et c’est normal. Monter un filet de pêche n’a rien à voir avec le montage d’un bas de ligne au fluorocarbone. Ici, on ne parle pas de discrétion mais de volume, de lestage, de lecture de courant et de marquage réglementaire.

Ce guide est pensé pour celui qui a déjà vu un filet sur un quai, qui sait à quoi ressemble un flotteur, mais qui n’a jamais assemblé, lesté ni posé le sien. On va distinguer les deux grands types de filets que tu croiseras en mer — le filet droit et le tramail —, puis on rentrera dans le montage pas à pas, du choix de la ralingue à la pose, sans occulter ce que la loi exige.

Filet droit ou tramail : une confusion qui commence sur la cale

La première question qu’on entend sur les pontons, c’est « un tramail, c’est juste un filet droit avec plus de nappes, non ? ». Non. Et cette confusion n’est pas innocente : elle conduit à poser le mauvais outil sur le mauvais poste, à ne rien prendre, et à ne pas comprendre pourquoi.

Un filet droit, c’est une seule nappe de maille calibrée, tendue entre une ralingue supérieure flottante et une ralingue inférieure plombée. Le poisson engage la tête dans la maille et se coince au niveau des opercules. C’est un outil de maillage : la maille doit être choisie avec une précision de quelques millimètres selon l’espèce visée. Trop petite, le poisson ne peut pas engager la tête ; trop grande, il traverse sans se coincer. Une nappe de 50 mètres de filet droit peut cibler le mulet de taille moyenne, le bar au-dessus de la maille, ou les poissons de surface qui circulent en bancs serrés.

Le tramail, lui, superpose trois nappes : deux nappes extérieures à grande maille, et une nappe centrale à maille plus serrée et plus lâche, sans tension. Le poisson bute sur la nappe centrale, la pousse à travers une maille extérieure, et se retrouve emmailloté — pas maillé, emmêlé. Il ne peut plus avancer ni reculer. Le tramail travaille par emmêlement, pas par maillage, ce qui le rend moins sélectif en taille mais bien plus efficace sur des poissons à morphologie irrégulière : les poissons plats (sole, plie), les gros bars à dos épais, les dorades royales aux opercules durs.

Pourquoi ce choix conditionne tout le montage

Un filet droit se pose tendu. Toute poche, tout mou dans la nappe, et le poisson ne s’y coince pas. Un tramail se pose volontairement avec du relâchement dans la nappe centrale, sinon il agit comme un filet droit à trois couches, ce qui n’a aucun sens. Le lestage n’est pas le même non plus : un tramail plus épais, plus volumineux, offre plus de prise au courant, donc il demande une ralingue plombée plus lourde pour tenir au fond.

Si tu n’as pas cette distinction en tête au moment de choisir ton filet, tu vas monter un tramail comme un filet droit, le tendre sur la plage, et remonter une heure plus tard une boule de filet vrillé. On le sait, on l’a fait.

Le matériel qui tient dans la durée et celui qui lâche à la première renverse

Avant d’entrer dans le montage lui-même, il faut rassembler ce qui va composer le filet. On ne parle pas du filet prêt-à-poser vendu en grande surface — on parle d’un filet à monter soi-même, où la ralingue, les flotteurs et les plombs sont achetés séparément de la nappe.

La nappe

La nappe, c’est le pan de filet proprement dit, en nylon tressé ou en monofilament. Le nylon tressé est plus facile à réparer mais retient plus les débris. Le monofilament glisse mieux à l’eau et se nettoie plus vite, mais il vrille plus facilement au séchage. En mer, on privilégie le monofilament pour les filets droits à bar ou à mulet, et le nylon tressé pour les tramails de fond à poissons plats. La hauteur de nappe varie de 1,50 mètre à 4 mètres selon le poste et la profondeur visée. Une nappe de 2 mètres de hauteur utile est un bon compromis pour débuter en zone côtière.

La ralingue supérieure : le flotteur continu

La ralingue supérieure soutient le haut du filet. Pour un montage plaisancier fiable, on utilise une corde flottante intégrant une ligne de petits flotteurs cylindriques gainés. Ces flotteurs ont un diamètre et une densité calculés pour maintenir la nappe verticale sans faire remonter l’ensemble à la surface. Le nombre et la répartition des flotteurs se calculent en fonction du poids de la ralingue plombée et du volume de la nappe. Une ralingue qui flotte trop transforme le filet en boudin de surface. Une ralingue qui flotte trop peu laisse la nappe s’affaisser et ne pêche que la moitié basse — ce qui peut être voulu si on cible les poissons de fond, mais qui doit être un choix, pas un accident.

La ralingue plombée : le vrai secret d’un filet qui tient

La ralingue inférieure est lestée. Soit par une corde plombée intégrant des billes de plomb gainées, soit par une chaîne de plombs que l’on enfile soi-même sur un cordage. La corde plombée gainée est plus confortable à manipuler et ne s’accroche pas aux doigts pendant la pose. La chaîne de plombs glissés sur cordage offre un lestage modulable : tu peux enlever ou ajouter du poids selon le courant du poste.

Combien de lestage ? Pour un filet droit de 50 mètres posé en zone de courant modéré, une ralingue plombée de 80 à 120 grammes au mètre linéaire est une base. Pour un tramail de mêmes dimensions, on monte à 140-180 grammes au mètre, parce que la prise au courant des trois nappes est bien supérieure et que le tramail doit rester au fond même en début de montante. Trop de lest, et le filet laboure le sable, ce qui détruit la nappe centrale et rebute les poissons qui évoluent juste au-dessus. Pas assez de lest, et le filet dérive, se replie sur lui-même, et capture tout au plus quelques algues.

Les accessoires de fixation et de marquage

Il te faut des mousquetons inox pour relier la nappe aux ralingues, une bonne longueur de cordage de mouillage pour les ancres de bout (ou les gros plombs de fond si tu poses en dérive courte), et surtout des bouées de marquage réglementaires. La loi exige deux bouées de signalisation par filet — une à chaque extrémité — de couleur jaune ou orange, avec un pavillon rectangulaire, et le numéro d’enregistrement du pêcheur inscrit dessus. On y reviendra dans la section réglementation.

Monter le filet pas à pas, de la nappe au lestage final

On y est. Tu as une nappe neuve pliée, deux ralingues, des flotteurs, des plombs. Voici comment assembler le tout sans que ça finisse en noeud géant.

Étaler et reconnaître le sens

D’abord, étale la nappe au sol sur une surface propre — une cale, une plage, un quai. Repère le haut et le bas : sur une nappe neuve, les mailles du haut sont souvent renforcées ou doublées, et le bas comporte parfois une bande de couleur. Sinon, les fabricants indiquent le sens par une étiquette cousue. La nappe doit pendre verticalement sous la ralingue supérieure, pas être inversée. Monter un filet à l’envers, c’est empêcher les flotteurs de travailler correctement et créer des points de torsion sous l’eau.

Fixer la nappe à la ralingue supérieure

La ralingue supérieure passe dans les mailles hautes de la nappe. Selon les modèles, la nappe est pré-équipée d’un fil de montage ou bien il faut enfiler la ralingue maille par maille. Si tu enfiles toi-même, utilise une aiguille à filet — un outil plat et large qui écarte la maille sans la déchirer. Passe la ralingue à travers chaque maille de la bordure haute. Tous les 20 à 30 centimètres, fixe la nappe à la ralingue par un point de couture en nylon pour éviter qu’elle ne glisse et ne se regroupe en paquet.

Fixer la ralingue plombée

Même principe en bas : la ralingue plombée passe dans les mailles basses. Si tu utilises une corde plombée gainée, elle se manipule comme une ralingue classique. Si tu as opté pour un cordage nu et des plombs séparés, enfile d’abord les plombs sur le cordage, puis passe le tout dans les mailles basses. L’espacement des plombs doit être régulier, tous les 10 à 15 centimètres, en fonction du poids recherché au mètre linéaire. Une fois les plombs enfilés, bloque-les avec une surliure ou un noeud d’arrêt à chaque extrémité pour qu’ils ne dérivent pas tous en bout de ralingue.

Poser les flotteurs

C’est l’étape qui détermine la verticalité du filet en pêche. Sur la ralingue supérieure déjà fixée à la nappe, enfile les flotteurs. Ils doivent être répartis uniformément. Un flotteur tous les 30 à 40 centimètres pour un filet droit léger. Pour un tramail plus lourd, on peut ramener à 20-25 centimètres pour compenser la prise au courant. Le diamètre des flotteurs doit correspondre au poids de la ralingue plombée : un flotteur de 50 grammes de flottabilité pour un plomb de 40 grammes au mètre donne une poussée excédentaire qui fait remonter le filet en bosse. C’est la correspondance flotteur/plomb qui fait la tenue de nappe.

Les bouts de mouillage et les ancres

À chaque extrémité du filet, fixe un bout de mouillage de 5 à 10 mètres en cordage flottant — long pour les zones de courant fort, plus court pour une pose en eau calme. Ce bout relie le filet à une ancre ou à un poids mort. L’ancre de bout empêche le filet de se faire emporter par le courant ou de vriller sur lui-même. Pêche-plaisance oblige, on utilise souvent des plombs de fond de 3 à 5 kilos plutôt que des ancres métalliques, plus lourdes à embarquer. L’important est que le point de fixation soit solide, avec un mousqueton inox et un émerillon qui empêche le cordage de tourner en continu sous l’effet de la houle.

Avant la pose : ce qu’il faut lire dans l’eau

Un filet bien monté posé au mauvais endroit au mauvais moment, c’est un filet qui ne pêche rien ou qui finit en paquet de cordages sur les roches. La pose demande une lecture de l’eau, pas juste un endroit « joli ».

Le coefficient et l’étale

Ne pose jamais un filet en pleine renverse de courant, sauf si tu sais exactement comment ton lestage va tenir. Le bon créneau, c’est l’étale de basse mer ou l’étale de pleine mer, quand le courant est quasi nul. À l’étale, le filet descend droit et se positionne proprement. Si tu poses en début de montante avec un coefficient supérieur à 80, le courant va pousser la nappe, la tordre, et tu risques de relever un filet roulé sur lui-même.

La nature du fond

Pour un filet droit à bar, cherche un fond de sable propre ou de gravier fin, pas une zone d’herbiers denses ni une cassure rocheuse. Les roches accrochent la ralingue plombée, déchirent la nappe et transforment la relève en opération de sauvetage — on parlait justement des équipements qui sauvent des vies en mer dans un autre contexte, mais un filet coincé sur du granit à 3 heures du matin peut vite déraper. Pour un tramail à poissons plats, cherche un fond sablo-vaseux, les zones où tu vois des traces de raies ou de soles à marée basse. Les appareils de pêche modernes et les sondeurs aident, mais rien ne remplace une demi-heure d’observation à marée basse sur le poste que tu vises.

La direction du vent

Le vent joue sur la dérive de surface et peut compliquer la pose en bateau. Si tu poses depuis la côte (ce qu’on appelle poser « à la volée » dans les petits fonds), un vent d’est par marée descendante va repousser le filet vers le large et le faire dériver. Pose vent arrière ou vent de travers léger, jamais vent de face, pour garder le contrôle de la trajectoire. Si tu débutes, un bateau à moteur sans permis peut suffire pour poser un filet dans les zones autorisées, à condition de bien connaître les limites de ton embarcation.

Poser le filet sans emmêler 50 mètres de ralingue

La pose est l’étape où tout le montage est mis à l’épreuve. Si la ralingue plombée est bien lestée et le filet correctement plié, tout se déroule en trente secondes. Sinon, c’est trente minutes de noeuds.

Plier le filet pour la pose

Avant de monter à bord ou d’arriver sur le poste de plage, plie le filet en accordéon dans un bac, un seau ou directement sur le pont. La ralingue plombée doit être disposée au fond du bac, la ralingue flottante au-dessus. Plie la nappe par couches successives, sans la compresser, en vérifiant que les flotteurs ne s’accrochent pas aux plombs. Un filet mal plié s’emmêle à la première brassée de pose.

La séquence de pose

  1. Fixe l’ancre ou le poids mort de la première extrémité au poste choisi, avec la bouée de marquage attachée.
  2. Laisse filer le bout de mouillage jusqu’à ce que l’ancre touche le fond ou que le poids mort soit stabilisé.
  3. Balance le bac de filet par-dessus bord (si en bateau) ou lance progressivement le filet plié depuis la plage. La ralingue plombée doit partir en premier et entraîner la nappe vers le fond. Les flotteurs suivent naturellement.
  4. Laisse le filet se déployer seul. Ne tire jamais sur la ralingue pendant la pose : le courant tend la nappe si tu as choisi le bon créneau. Si tu tires, tu crées une tension artificielle et le filet se pose comprimé.
  5. Une fois le filet entièrement à l’eau, fixe le deuxième bout de mouillage à la seconde ancre, jette-la, et attache la deuxième bouée de marquage.

Poser depuis une plage

Poser depuis le bord, c’est possible sur des estrans à faible pente. Il faut alors entrer dans l’eau jusqu’à la taille, en combinaison ou en waders, et marcher perpendiculairement au trait de côte en déroulant le filet derrière soi. Cette technique fonctionne surtout en eau peu profonde, pour des filets droits à bar ou à mulet. La difficulté, c’est de garder la ralingue plombée bien au fond pendant la pose sans l’accrocher aux coquillages ou aux cailloux. On avance lentement, on ne se retourne pas, on laisse le filet se coucher tout seul.

Relever le filet : le moment où on voit si le montage tient

Relever un filet, c’est l’inverse de la pose, mais avec une variable supplémentaire : le poids des captures et des débris. Si tu as posé un tramail dans une zone à algues, le filet peut peser deux fois son poids d’origine.

Relève toujours face au courant ou perpendiculairement à la dérive, jamais dans le même sens que le courant dominant, pour ne pas arracher la nappe. Hisse la ralingue supérieure d’abord, en embarquant les flotteurs, puis la nappe, puis la ralingue plombée que tu fais glisser progressivement. Si le filet est lourd, ne force pas : arrête-toi, laisse reposer trente secondes, et reprends. Forcer sur un tramail coincé, c’est le déchirer sur un mètre. Pour le choix des appâts qui complètent une session de pêche au filet, tu peux jeter un oeil à ce qui marche vraiment selon la saison pour le bar, surtout si tu alternes filet et canne sur un même poste.

Démêler et nettoyer sans abîmer la maille

Une fois le filet à bord ou sur la plage, démêle à la main, maille par maille. N’utilise jamais de couteau pour couper les algues prises dans le filet, sauf si tu es prêt à racheter une nappe neuve. Une maille coupée, c’est un trou qui s’agrandit à chaque relève suivante. Rince le filet à l’eau douce dans la journée, et fais-le sécher à plat, jamais suspendu par une seule extrémité, sinon la ralingue plombée déforme la nappe en séchant.

La réglementation : ce qui est gravé dans le marbre et ce que les contrôles vérifient

On ne peut pas parler de montage de filet sans parler du cadre légal. En France, la pêche au filet de loisir en mer est soumise à un régime d’autorisation. Ce n’est pas un droit ouvert à tous.

Tout pêcheur de loisir utilisant un filet en mer doit être enregistré. L’enregistrement est valable 12 mois (source : Direction Interrégionale de la Mer Nord Atlantique Manche Ouest). Pour 2026, les demandes d’autorisation peuvent être envoyées du 1er avril au 31 mai inclus. Sans ce document, poser un filet est une infraction, et les contrôles en mer sont réguliers.

Chaque filet posé doit porter à ses deux extrémités une bouée de signalisation jaune ou orange, avec un pavillon rectangulaire sur lequel est inscrit lisiblement le numéro d’enregistrement du pêcheur. Un filet sans marquage peut être saisi par les Affaires Maritimes. La déclaration des captures doit être effectuée le jour même, avant minuit, via l’application RECFishing (source : Direction Interrégionale de la Mer Nord Atlantique Manche Ouest). C’est fastidieux, mais c’est la condition pour que la pêche au filet plaisancière continue d’exister.

Les dimensions et les maillages sont également encadrés. Même si la réglementation française ne fixe pas un quota unique pour tous les secteurs — chaque façade maritime a ses spécificités —, un principe général s’applique : la maille doit permettre aux juvéniles de passer sans se coincer. La logique n’est pas « la plus petite maille possible », c’est « la maille qui ne prélève que les poissons au-dessus de la taille minimale de capture ». Ce point est souvent négligé dans les tutoriels de montage, alors qu’il conditionne le choix même de la nappe que tu achètes. Un glossaire des termes marins t’aidera à t’y retrouver si tu tombes sur une fiche réglementaire avec du vocabulaire technique que tu ne maîtrises pas encore.

Questions fréquentes

Faut-il un permis bateau pour poser un filet en mer ?

Non, la pose d’un filet n’est pas liée à un permis bateau. En revanche, si tu poses depuis une embarcation à moteur, le permis peut être exigé selon la puissance du moteur. Poser depuis le bord ne nécessite aucun permis.

Quelle longueur de filet pour débuter ?

Commence avec un filet de 25 à 30 mètres, pas plus. Une grande longueur complique la manipulation, la relève, et le nettoyage. 30 mètres suffisent pour apprendre à lire les postes et à gérer la pose sans se décourager.

Peut-on monter un filet pour pêcher en eau douce avec la même technique ?

Le principe de montage est le même, mais la réglementation en eau douce est différente et souvent plus restrictive selon les départements. En eau douce, le filet de loisir est interdit dans une grande majorité de cours d’eau en France. Vérifie l’arrêté préfectoral du secteur avant d’acheter une nappe.

Quelle est la durée de vie d’un filet bien entretenu ?

Un filet en monofilament bien rincé, séché à l’abri des UV et réparé maille par maille peut durer 3 à 5 saisons. Le nylon tressé tient un peu moins longtemps mais supporte mieux les réparations grossières. La corde plombée gainée se change plus souvent que la nappe si elle est exposée aux UV et au sel sans rinçage.

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